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Mauvaise passe pour les coraux (1ère partie)

Par admin • 10 nov, 2008 • Catégorie: Notre monde
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Un poisson clown joue à cache-cache dans des Madrépores des fonds marins de Polynésie. © Orempuller Joël/IRD

Représentant un tiers des littoraux tropicaux, avec les mangroves et les herbiers de phanérogames marines, les récifs coralliens nécessitent une vraie prise de conscience quant à leur survie. Tour d’horizon d’un petit Être complexe, à la fois animal végétal et minéral, en voix de disparition.

Que serait notre terre sans lui ? Qu’adviendrait-il si cet élément indispensable à notre écosystème et pourtant si fragile venait à disparaître ? Une prise de conscience se révèle donc être aujourd’hui plus que jamais nécessaire si nous voulons léguer à nos descendants une planète acceptable. D’ailleurs n’est-il pas déjà trop tard ? Des travaux récents ont prouvé que le CO2 de l’atmosphère continue de croître, ce qui par effet indirect provoque une réduction du taux de calcification des coraux et menace donc les écosystèmes coralliens. On estime aujourd’hui à 10% le nombre de récifs mondiaux irrémédiablement condamnés. Plus de 30 % de ces coraux sont eux aussi très fortement menacés de disparition d’ici 30 ans et ceci malgré la mise en place d’aires marines protégées (AMP). En octobre 2006 une demande d’inscription des récifs coralliens de Nouvelle-Calédonie au Patrimoine Mondial a été déposée. Le 31 janvier 2007 cette même demande a été faite auprès de l’Unesco. En 2002, lors du sommet mondial sur le développement durable les instances internationales avaient exprimé leur volonté d’atteindre un objectif de conservation des coraux de l’ordre de 20 à 30% à l’aube de 2012. Ces quotas seront-ils atteints et respectés ? L’homme est-il le seul responsable de cette destruction ou existe-t-il d’autres causes à endiguer sans plus attendre ? Parviendra-t-on à sauver le soldat corail ?

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Un plongeur constate le blanchissement des madrepores. © Orempuller Joël /IRD

Naissance d’un Être polymorphe
La formation et la croissance des récifs coralliens sous les Tropiques sont dues à des fluctuations du niveau de la mer de 120 à 130 mètres qui se sont produites, il y a plus de 20 000 ans, mais le corail à proprement parlé est né, il y a quelque 475 millions d’années. On dénombre 800 espèces de coraux qui abritent 4000 espèces de poissons. Une véritable pouponnière. Les dégradations subies par les récifs coralliens pourraient être extrêmement liées aux bouleversements environnementaux et climatiques que connaît actuellement notre planète. De là à dire que l’homme serait vierge de toute implication, n’exagérons pas !
Un récif corallien est une colonisation d’un substrat minéral par des êtres vivants symbiotiques appelés coraux. Les coraux résultent en fait de l’union d’une algue et d’un cnidaire. Ce dernier est une espèce animale relativement simple. Il existe deux formes de cnidaires dans le monde animal. Les formes fixes ou polypes qui constituent les coraux, et les formes libres, plus connues sous le nom de méduses. Longtemps présupposé ne vivre que dans les mers chaudes, on sait désormais qu’il existe deux types de corail très différents. L’un est un animal hermatypique vivant en symbiose avec la zooxanthelle, une algue unicellulaire qui leur permet leur photosynthèse. Il requiert beaucoup de lumière et vit par conséquent dans des mers peu profondes. L’autre corail est un animal ahermatypique fonctionnant non pas avec la zooxanthelle mais du plancton. On retrouve donc ce corail dans les mers froides et en profondeur.
Le cycle des récifs coralliens tropicaux est quant à lui bien connu des scientifiques. Une île se forme d’un magma échappé du manteau terrestre. Le corail commence ensuite à s’implanter au large de l’île en récif frangeant. L’affaissement lent de l’écorce terrestre situé sous l’île, que l’on appelle subsidence, permet la colonisation du corail sur le pourtour de l’île. L’île s’enfonçant peu à peu dans l’océan, le corail se développe pour former plus tard un atoll.

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© Tahiti Tourisme

Les différents types de récifs
Les récifs coralliens des Tropiques, malgré leur similaire apparence, présentent une grande diversité de types géomorphologiques. Tout ne serait donc pas qu’eaux turquoise, sable blanc et cocotiers aux pays des lagons bleus ! Récifs frangeants, récifs barrières, récifs double-barrières, récifs à caye, bans récifaux… Autant de noms derrière lesquels se cachent des récifs à caractère radicalement différents.
Les récifs frangeants comme le laissent supposer leur nom bordent une terre émergée. Étroits et accolés à la côte ou parfois séparés d’elle par un petit chenal, ils sont relativement fréquents dans des îles comme la Réunion ou les Antilles.
Les récifs-barrières quant à eux sont ceux que l’on connaît le plus grâce à des îles comme celles de la Polynésie Française, la Nouvelle-Calédonie, Wallis… Récifs plus larges que les récifs frangeants, ils sont séparés de la côte par un lagon de largeur variable, peu profond, pouvant aller jusqu’à une centaine de mètre.
Les récifs double-barrières sont beaucoup plus rares que les autres récifs. En effet ils présentent la singularité d’être une double-barrière formée de deux récifs coralliens parallèles. Il en existe moins de 10 dans le monde. On trouve ce type de barrière à Mayotte et en Nouvelle-Calédonie.
L’atoll se compose d’un récif corallien entourant ce que l’appelle une dépression centrale. Ancien volcan devenu désormais île Immergée, c’est la barrière de corail qui constitue à proprement dit l’île Restante. Cette couronne encercle donc un lagon et possède parfois des ouvertures que l’on appelle passes. On les appelle alors atoll ouvert. La Polynésie Française, qui possède un grand nombre d’atolls (80) tout comme l’Océan Indien, est un très bon archétype de l’évolution des volcans de l’île haute à récifs frangeants jusqu’à l’atoll. La taille des atolls reste très variable. Le plus grand du monde se situe dans les îles Marshall.
Le banc récifal est un édifice corallien qui s’est constitué en pleine mer sur un haut fond. Les sédiments se sont peu à peu agglomérés sur le récif qui forme alors de petites îles. Les îles Glorieuses ou l’île Tromelin (jadis appelée île de Sable, elle est entourée de 4000 mètres de fond) dans l’Océan indien sont de bons exemples de ce type de récifs coralliens.

Les causes naturelles
Les récifs coralliens, qui s’étendent sur 527 000 km2, ne doivent pas disparaître car cette catastrophe, si elle venait à se produire, en entraînerait d’autres de plus large ampleur. Rempart naturel contre la violence des océans, leur rôle est capital dans la protection des côtes. Ils protègent des cyclones mais aussi des tsunamis. Ils sont également d’une très grande importance socio-économique pour les îliens. Tout d’abord ils constituent une zone dans laquelle se reproduisent de nombreuses espèces de poissons dont certaines relèvent d’un intérêt commercial, de subsistance parfois vitale, ou touristique. Des régions comme la Polynésie Française, qui regroupe 20 % des atolls coralliens du monde, ou les Antilles tirent une grande part de leurs bénéfices touristiques de la beauté de leur lagon et de leurs récifs coralliens. Aujourd’hui 80 % des récifs coralliens des Antilles Françaises présentent des signes de dégradation.
La Nouvelle-Calédonie qui possède la seconde plus grande barrière du monde, après celle d’Australie, et attire chaque année de nombreux touristes qui constituent l’un des pilier économique de l’île, n’est pas épargnée par le fléau.
Alors à qui la faute ? Les causes menant à la disparition des récifs coralliens sont nombreuses. L’une d’elles est sans conteste le réchauffement climatique de la planète. Sous l’action d’une température trop importante pour eux, les coraux expulsent leurs zooxanthelles. Ils perdent alors leurs couleurs et deviennent blancs puis meurent.
La fréquence des cyclones et surtout leur intensité qui a tendance à augmenter d’années en années est aussi un facteur déterminant dans la destruction des coraux. De plus ces cyclones provoquent indirectement le transport et la sédimentation de débris provenant du littoral, qui tend à asphyxier les coraux.
Une autre des causes naturelles de cette lente mort est l’explosion démographique d’une étoile de mer de grande taille, l’Acanthaster planci ou Acanthaster pourpre, qui se nourrit habituellement de tissus coralliens. Affaibli, le récif se laisse peu à peu envahir et meurt sous l’invasion et l’attaque des populations d’étoiles.
Petites natures très fragiles, Les coraux sont aussi parfois atteints de maladies bactériennes appelées maladie de la bande blanche et maladie de la bande noire. Chroniques, ces affections touchent certaines espèces plus sensibles que d’autres comme les Acropora palmata.
L’Institut de Recherche et Développement (IRD) qui mène de nombreuses études sur les récifs coralliens a constaté que la lente dégradation serait aussi due à l’existence dans les eaux de communautés microbiennes. Ces dernières, grâce à leur métabolisme d’exception, seraient présentes aussi bien dans les océans que les rivières, les lacs, les déserts et les réseaux karstiques, les sources thermales… Autant dire une véritable prolifération possédant une vitesse de croissance inquiétante pour les scientifiques. D’autant plus que l’observation de ces communautés coïncide très fréquemment avec l’observation du dépérissement des coraux de certaine région.
Autre cause, la mortalité des oursins diadèmes entraîne parfois celle des coraux. En effet grand mangeur d’algues (ces dernières étant les grandes ennemies des coraux qui cherchent comme elles à se fixer à l’aide d’un substrat solide) ils empêchent leur prolifération. Dans les années 80 une maladie ayant frappé les oursins diadèmes, de nombreuses communautés coralliennes ont alors disparu. Depuis on a constaté que le poisson-perroquet joue le même rôle que les oursins diadèmes. Les régions où l’on pêche ce poisson sont des zones où les algues prolifèrent. Par contre les zones protégées de la pêche du poisson-perroquet montrent un net recul des colonies d’algues et donc une augmentation des coraux.

Article rédigé par Maeva Destombes

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