Mauvaise passe pour les coraux (2ème partie)
Par admin • 10 nov, 2008 • Catégorie: Notre monde •
Dans les fonds marins de Nouvelle Calédonie, à 15m de profondeur, des gorgones "anella mollis". © Laboute Pierre/IRD
Les causes liées à l’homme
La lente destruction de la nature et des coraux même si elle revêt parfois un caractère naturel est bien souvent due à l’homme, l’industrialisation ou la pollution provoquée par lui. On appelle ces causes les pressions anthropiques.
La pollution des eaux, directe ou indirecte, quelle que soit son origine, est l’un des principaux facteurs responsables de la destruction des coraux.
En Polynésie Française, à la Réunion, à Wallis et Futuna, à Mayotte, de mauvaises pratiques agricoles et en particulier l’utilisation abusive d’engrais chimiques provoquent un enrichissement artificiel en nitrates des eaux côtières, entraînant le développement des fameuses algues nuisibles aux coraux.
Les hydrocarbures et en particulier les vidanges sauvages faites dans les mangroves sont à l’origine eux aussi de pollutions chroniques.
Les métaux lourds comme le cadmium, le vanadium, le plomb, le cuivre, le zinc, ou l’étain agissent sur la santé des coraux tout comme l’industrie de la canne à sucre qui a elle aussi son rôle néfaste. Elle produit des déchets liquides très toxiques appelés « vinasse » qui sont rejetés dans les rivières provoquant ainsi la destruction des communautés marines. Par exemple la Guadeloupe rejette 20 tonnes par jour de matière oxydable en période de production.
Les décharges, qu’elles soient publiques ou plus privées comme les fosses septiques ou puisards individuels, représentent elles aussi une grande source de pollution indirecte des eaux. Faute d’assainissement et d’épuration, les nappes phréatiques finissent par êtres touchées.
Les travaux d’aménagement sur les côtes est en grande partie responsable de la dégradation des coraux, favorisant la turbidité (caractère trouble d’un liquide) des eaux et l’hyper-sédimentation.
Les techniques de pêches (filets maillants, pêche au caillou, pêche au poulpe, trémail, nasses caraïbes, pêche au djarifa, pêche à la dynamite…) sont elles aussi destructrices pour les récifs coralliens.
Le tourisme même s’il est important pour l’économie d’un pays et en particulier des pays tropicaux n’est pas exempt d’implication dans la disparition des coraux. Les écosystèmes sont en effet touchés et dégradés non seulement par la construction des infrastructures touristiques (hôtels, marinas…) mais aussi par la navigation de plaisance ou de commerce et particulièrement le mouillage des bateaux. Les ancres provoquent des dégradations irréversibles sur les bancs coralliens. Les plongeurs peuvent parfois casser les coraux à coups de palmes donnés involontairement. En clair le tourisme c’est bien mais attention au tourisme de masse. À trop vouloir tirer ses devises de cette manne touristique, le risque est de tuer la poule aux œufs d’or !
Comment faire pour arrêter la lente destruction de notre écosystème et surtout des coraux ? Tout d’abord enseigner et transmettre les connaissances que nous possédons aujourd’hui. Nous devons essayer de proposer des solutions permettant d’anticiper, de réduire et de maîtriser les risques naturels et environnementaux. Bien sûr certains d’entre eux sont d’une telle soudaineté et d’une telle violence que nous nous sentons impuissant. Mais n’est-ce pas notre négligence au fil du XXe siècle qui nous a amené à cet état de fait. Pourrons-nous reconstruire pendant qu’il en est temps, ce que nous avons détruit en un siècle et qui avait mis des millénaires à se constituer ? La terre a connu des évènements et des catastrophes climatiques sans que l’homme n’y soit pour rien, pourtant, aujourd’hui, il est en grande partie responsable. À quoi nous servirons tous nos acquis si notre terre devient invivable ? C’est une des questions que doivent se poser, aujourd’hui, les décideurs, industriels ou politiques. De grandes avancées technologiques obtenues au prix de l’être humain, pourquoi, si notre planète devait sombrer un jour… très prochain ?

Carottage à l'aide de la foreuse Sedidrill sur le récif de Kendec (Côte nord-ouest de Nouvelle Calédonie, Province nord). © Denis Wirrmann/IRD
La passion de la recherche
L’Institut de Recherche et de Développement (IRD) fut créé en 1944 sous le nom d’ORSTOM. Depuis 1984, il est placé sous la tutelle du ministère chargé de la Recherche et de la Coopération. Ses missions sont centrées sur les relations entre l’homme et son environnement dans les « pays du sud ». Recherche, Expertise et Valorisation, Soutien et Formation, Information scientifique sont les 4 programmes de l’IRD.
1/Les travaux de Recherche sont coordonnés par trois départements scientifiques. Le département Milieux et Environnement (DME) vise à comprendre certains phénomènes climatiques, océaniques, atmosphériques. Le volcanisme ou les séismes sont par exemple étudiés par le DME. Le département Ressources Vivantes (DRV) est quant à lui axé sur les ressources et les écosystèmes des milieux naturels terrestres et aquatiques, continentaux et marins. Son but étant la gestion et le développement durables. Le DRV fait ainsi de nombreuses recherches sur l’écologie aquatique, les sciences de la pêche, la défense des cultures contre parasites et prédateurs, et se consacre aussi à l’amélioration des productions végétales et tropicales. Le dernier département de la Recherche est consacré à la santé et aux sociétés. Des maladies tropicales ou internationales comme la dengue, le paludisme, la filariose, le sida sont étudiés ainsi que des facteurs humains de migration ou de conflits considérés comme des risques environnementaux.
2/La mission d’Expertise et de Valorisation permet une favorisation des connaissances dont certaines constituent un enjeu vital pour le développement.
3/La mission Soutien et Formation a pour but de pérenniser les compétences. Ses actions portent sur trois grands secteurs d’intervention : individuel, aux équipes et aux institutions. Les aides de l’IRD peuvent être financières, scientifiques ou techniques. Aider ne suffit pas, l’objectif étant de transmettre des connaissances pour faciliter la responsabilisation des partenaires du sud.
4/L’Information Scientifique est la quatrième mission de l’IRD. À l’aide de journaux scientifiques, de fiches d’actualité, de photothèque interactive, de colloques, l’IRD assure une qualité de son information scientifique pour ses chercheurs et une certaine visibilité pour les autres corps de métier qui pourrait avoir besoin d’informations fiables. L’IRD publie les travaux de recherche sur l’environnement et le développement des pays du sud et met à disposition sur le Web un fond documentaire où sont répertoriés 65 % de ses publications. Débats, expos et création de clubs jeunes participent également à la sensibilisation du monde scientifique. L’IRD possède 5 centres en France métropolitaine et 5 autres dans les DOM-TOM, mais aussi 25 représentations dans les pays étrangers, la politique de partenariat étant très développée. L’IRD met en place des projets mixtes associant ses équipes de chercheurs à des équipes locales voire d’autres institutions de recherche.
L’Initiative Française sur les Récifs Coralliens (IFRECOR)
Les politiques peuvent parfois avoir des idées plébiscitées par le commun des mortels. L’IFRECOR (Initiative Française sur les Récifs Coralliens) est une de ces actions nationales en faveur des récifs coralliens des collectivités de l’outre-mer. La protection et la gestion durable des récifs étant l’enjeu principal de l’Initiative. Pour la conduire, le gouvernement s’est doté, par décret ministériel, d’un comité national placé auprès du premier ministre, composé de différents collèges rassemblant les principaux acteurs concernés par la gestion durable des récifs coralliens. Ce comité suit l’ensemble des actions et mesures en faveur des récifs coralliens. Il pilote l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie pour la préservation et la gestion durable des récifs coralliens. Il est placé sous la co-présidence des ministres chargés respectivement de l’environnement et de l’outre-mer. Il s’appuie sur des comités locaux rassemblant, dans chacune des collectivités de l’outre-mer, les acteurs locaux de la gestion des récifs. Lors de ses réunions, en séance plénière au moins une fois par an et, entre deux réunions plénières, au moins une fois en formation restreinte, le comité national peut inviter, en fonction de l’ordre du jour, tout expert (scientifique, sociologue, juriste, etc) ou toute autre personne (représentants d’associations, d’organismes socioprofessionnels, d’instances coutumières, etc) à participer à ses réunions, sans que ces personnes puissent participer aux prises de décision. L’objectif est de conserver ce mode de fonctionnement, le vote étant également possible.
Article rédigé par Maeva Destombes
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